Bordiga-Cesarano-Camatte-LuddCesaranoAuteur — Giorgio Cesarano

Giorgio Cesarano (1928-1975)

Poète et écrivain milanais devenu, à quarante ans, révolutionnaire — la figure théorique la plus intense du courant radical italien. Suicidé en mai 1975, à 47 ans, en plein travail sur son œuvre-somme.

Repères

  • Avant 1968. Vie littéraire milanaise : poésie, romans, traduction, travail éditorial (Il Saggiatore). Passage par Classe Operaia (revue opéraïste), qu'il quitte sur des positions antiléninistes — le lien biographique avec le contrepoint opéraïste, voir Contrepoint — L'opéraïsme et l'Autonomie.
  • 1968. Le basculement. Il défile avec les étudiants, en témoin encore extérieur (son roman I giorni del dissenso garde la trace de cette distance), puis passe de l'autre côté.
  • 1969-70. Première ligne : CUB Pirelli, occupation de l'Hôtel Commercio, autogestion du Saggiatore. Adhésion à Ludd dès la fondation — voir Auteur — Ludd et le courant radical.
  • 1971-75. Après la dissolution de Ludd : isolement théorique (campagne toscane), rédaction. Apocalypse et révolution (avec Gianni Collu, 1972), le Manuel de survie (1974), Chronique d'un bal masqué (avec Coppo et Fallisi — critique du « lottarmatisme », l'idéologie de la lutte armée), et le chantier de la Critique de l'utopie capitale, inachevé. Expérience communautaire ratée (Podere Al Mennuci), expérience du LSD assumée comme épreuve. 1975 : il rentre à Milan, se rapproche des jeunes de Quarto Oggiaro (Puzz), s'enthousiasme pour les affrontements d'avril — puis se suicide. Santini lit cet acte comme une défaite collective, pas comme un destin privé.

Les idées-forces

  1. L'utopie capitale — voir Concept — Utopie capitale : face à sa limite écologique, le capital se réforme en pourvoyeur de vie, de sens, de communauté. La cible : le rapport du MIT et tout ce qui s'ensuit.
  2. La faim de sens — voir Concept — Faim de sens : le capital de l'opulence ayant (croyait-on) réglé la survie, le besoin devient métaphysique — et le capital colonise ce besoin même.
  3. La révolution biologique — voir Concept — Révolution biologique et lutte pour la présence : la révolte est enracinée dans le corps de l'espèce ; émeutes muettes, folie, passion comme « raison des corps ».
  4. La critique des fausses radicalités : ni alternativisme (libération de l'ego, art de vivre) ni néo-léninisme (racket, spectacle du martyre). Voir Contre l'utopie du capital — Yann Sturmer.
  5. Le Moi-personne et le langage : trois fils d'un même procès de séparation — outils-prothèses, psyché colonisée comme « personne », langage autonomisé qui « parle » le sujet.

Lire

  • Contre l'utopie du capital — Yann Sturmer — l'introduction la meilleure et la plus récente (dans le corpus, en français).
  • Apocalypse et révolution, trad. fr. La Tempête, 2020 — commencer par là ; le chapitre II (naissance du sacré) et la critique des Brigades rouges.
  • Le Manuel de survie — thèses sur l'épreuve du reflux et sur la foule ; La Tempête a entrepris la publication française de l'œuvre.
  • Critique de l'utopie capitale — l'œuvre-somme posthume (Colibrì, 1993 ; éd. revue 2021) ; réserve-la pour la fin, elle est difficile et inachevée.
  • Apocalypse et survie — Francesco Santini — pour le contexte, la trajectoire, et la critique interne.

Vigilance

La force de Cesarano est aussi sa faille, et Santini l'a nommée : lire les émeutes, la folie, le crime comme manifestations immédiates du mouvement communiste, c'est du substitutionnisme — remplacer un prolétariat en reflux par les figures de la désagrégation sociale. Et la prémisse du « capital de l'opulence » (l'automation a réglé la survie) était fausse — c'est le socle périodisant de la faim de sens qui vacille. Garde les deux objections actives à chaque page : elles ne détruisent pas l'œuvre, elles t'empêchent d'en faire une religion.

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