Auteur — Ludd et le courant radical
Ludd et le courant radical italien (1967-1977)
Pas un auteur : un milieu. Le « courant radical » est la tendance communiste née des occupations de 1967-68 en Italie, hors de tout héritage national (ni conseillisme ni ultragauche historique sur place — le bordiguisme occupait seul le terrain de la gauche communiste). C'est le sol vivant de Cesarano, et le laboratoire où les thèses de Camatte ont produit leurs effets réels — féconds et destructeurs.
Chronologie minimale
- 1967-68. Occupations d'écoles et d'universités ; premiers noyaux radicaux, influencés par l'IS (section italienne éphémère), par le mouvement américain (Watts, Detroit 1967, hippies), et par la composante jeune de l'anarchisme en rupture. La spontanéité comme caractère propre ; les Comités de base ouvriers-étudiants comme point de jonction.
- 1969. Naissance de Ludd (Cesarano en est dès le début) — actif surtout à Gênes et Milan. Ni parti, ni programme (« le prolétariat n'a aucun programme à réaliser »), participation anonyme au mouvement, critique de la vie quotidienne, distinction combative d'avec les groupes m-l qui se structurent (Lotta Continua, Potere Operaio). Décembre 1969 : Piazza Fontana — l'État répond par les bombes ; le front défensif de démystification commence.
- 1970-72. Reflux. Invariance devient LA référence théorique (plus que l'IS, connue surtout par Vaneigem). Dissolution « spontanée » de Ludd, sans bilan — la faute matricielle selon Santini. Azione Libertaria à Milan ; premières revues portant le nom « Autonomia Operaia » (qualitativement supérieures, dit Santini, à la tendance homonyme de 1975-79).
- 1971-73. Le comontisme (Riccardo d'Este et alii) : le groupe de camarades identifié à la « communauté humaine » (comontismo = Gemeinwesen) — cohabitation totale, collectivisation, critique de la vie quotidienne comme précepte inquisitorial, apologie de la criminalité. Symétriquement : le repli invariantiste sur les rapports « au plus haut niveau de la théorie ». Les deux impasses sur l'organisation — voir chap. 11 de Apocalypse et survie — Francesco Santini.
- 1975-77. Réouverture (avril 75, Cercles du prolétariat juvénile, Puzz à Quarto Oggiaro) ; mort de Cesarano (mai 75). En 1977, le courant, décimé par l'individualisme, ne pèse plus : l'occasion la plus favorable est manquée. Insurrezione (1977-81) comme dernier débouché ; Azione Rivoluzionaria comme aboutissement catastrophique de l'immédiatisme armé.
Ce qu'il faut en retenir conceptuellement
- Le pari fondateur : le développement des forces productives permet l'affirmation directe du communisme, sans transition ni socialisme. Conviction partagée par tout le courant — et prémisse fausse, qui commande la suite.
- Le refus de l'organisation comme position à double face : antidote réel contre les rackets groupusculaires, ET machine à disperser les forces (bilan de Santini).
- La critique de la vie quotidienne comme terrain propre — et sa dégénérescence possible en « quotidianisme », précepte et hiérarchie occulte.
- Le prix payé : pas la répression, mais l'autodestruction — suicides, prison, drogue, « assassinat de la passion ». C'est la leçon existentielle du Manuel de survie : l'épreuve du reflux.
Lire
- Apocalypse et survie — Francesco Santini — LE document, intégral. Bilan interne écrit en 1994 par un survivant du milieu ; rien d'équivalent n'existe. Source située : Santini plaide pour l'organisation.
- Les archives italiennes du courant sont sur autprol.org (dont l'original de Santini) ; les textes de Ludd et du comontisme sont réédités en Italie (Colibrì).
- Pour le versant français jumeau (La Vieille Taupe, ICO, la réception de l'ultragauche après 68) : « Le roman de nos origines », La Banquise n° 2, 1984 — cité longuement par Santini en note ; disponible en ligne. Attention à la trajectoire ultérieure de Pierre Guillaume (négationnisme) : lire ce document comme source d'époque, pas comme référence d'autorité.