Bordiga-Cesarano-Camatte-LuddCamatteConcept — Échappement du capital

Échappement du capital

Définition

Thèse camattienne du début des années 70 : le capital s'échappe de sa substance. La substance du capital est le temps de travail humain ; or plusieurs mouvements convergents l'en détachent — fin de l'étalon-or (1971), place croissante du travail mort (automatisation) face au travail vivant, recours généralisé au crédit (une valeur supposée à venir), spéculation. Le capital devient représentation : un mouvement de circulation qui domine le mouvement de production, une bulle détachée du lieu concret de la valorisation. Formule de Camatte : le capital brise sa dépendance envers le procès de production, donc envers les hommes, parce qu'il est devenu représentation (Ce monde qu'il faut quitter).

La lecture philosophique

Camatte donne à la thèse une profondeur hégélienne : le capital réalise la philosophie de Hegel — il n'est plus seulement substance mais sujet. Ce qui chez Hegel était le programme de l'Esprit devient la description du capital autonomisé. Détaché de sa substance, il entre dans une logique que Marx nommait déjà « démence » (Wahnsinn) : mortifère, autoréférentielle, contrainte de dominer l'avenir — qui était l'espace des projections révolutionnaires.

La bifurcation Camatte / Cesarano

Point technique décisif, bien identifié par Sturmer : Camatte s'arrête là (le capital échappé n'a plus besoin d'autre espace), Cesarano continue — un capital échappé de sa substance doit trouver un autre espace de valorisation, et cet espace est l'intériorité humaine : la psyché, le corps, la personne. C'est le pont vers Concept — Utopie capitale. Retiens la structure : même diagnostic, deux conséquences — chez Camatte l'échappement mène à la « mort potentielle » du capital (il ne survit que sur l'élan des siècles passés) ; chez Cesarano il mène à une nouvelle offensive du capital sur l'homme.

Objections à garder actives

  1. L'échappement n'est jamais total : la production, la logistique, l'extraction, le travail vivant mondial n'ont pas disparu — ils ont été déplacés. Une théorie de la représentation qui oublie les chaînes d'approvisionnement décrit l'expérience métropolitaine, pas le capital mondial.
  2. La parenté avec les théories du capital fictif (Marx, livre III) est réelle mais Camatte durcit : chez Marx le capital fictif reste rattaché à la valorisation réelle par la crise ; chez Camatte le détachement tend à l'absolu — d'où des prédictions de mort du capital qui ne meurent jamais.
  3. Le bilan d'Endnotes propose une version amendée : le capital est « mort » vers 1975 et survit en zombie — forme féodale-perverse (référence à Brenner). Formule frappante, statut théorique incertain : à discuter, pas à réciter.

En 2026

Grille utile pour : la financiarisation intégrale, les valorisations boursières découplées des profits, la crypto-économie, l'économie de la promesse (levées de fonds sur récit). Le correctif nécessaire : toujours chercher où le travail vivant et l'extraction ont été déplacés quand ils semblent avoir disparu.

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