Bordiga-Cesarano-Camatte-LuddBordiguaConcept — Parti historique et parti formel

Parti historique / parti formel

Définition

Distinction bordiguienne, systématisée par Camatte et Dangeville dans Origine et fonction de la forme parti. Le parti formel est l'organisation empirique — sigles, effectifs, presse, réunions : contingent, périssable, corruptible. Le parti historique est le programme communiste lui-même comme réalité traversant le temps — l'ensemble de la théorie et de la tension vers la communauté, qui unit les générations par-dessus les défaites. Le formel n'est que l'instrument du historique ; en période contre-révolutionnaire, le parti historique peut exister sans organisation — réduit, selon l'image d'époque, à une étagère de livres, une correspondance, deux ou trois amis.

D'où ça vient

De la pratique de Marx lui-même, tel que la lignée le lit : dissolution de la Ligue des communistes, puis de la Première Internationale, pour éviter leur dégénérescence dans le reflux. Et de la pratique de Bordiga après 1945 : il anime le Parti communiste international sans en prendre la carte — le parti formel comme simple support de l'activité théorique. Camatte en tire la version radicale : le parti historique est une croissance de sentiments et de pensées inassimilables aux lois du capital, et les organisations formelles qui prétendent le formaliser sont aisément subsumées. D'où le pas suivant : voir Concept — Racket.

Ce que le concept permet — et ce qu'il coûte

Permet : tenir sans appareil ; refuser le chantage à l'efficacité immédiate ; penser une continuité révolutionnaire qui ne passe pas par la survie bureaucratique des sigles. C'est le concept qui a sauvé la Gauche italienne de la stalinisation — et qui a séduit le courant radical italien en plein reflux (Santini décrit son charme ésotérique : un parti-bibliothèque, unifiant générations et continents).

Coûte : la question pratique est ajournée sine die. Qui décide quand la période redevient « révolutionnaire » ? Comment le parti historique se re-formalise-t-il ? Santini montre le résultat empirique : quand 1977 arrive, il n'y a plus personne — la dissolution préventive des formes a produit non la pureté mais l'impuissance. Et le concept a un effet pervers documenté : il valorise l'isolement, qui devient une vertu théorique au lieu d'un problème pratique.

En 2026

Le concept garde un usage : penser la continuité d'une perspective sans organisation porteuse — situation qui est massivement la nôtre. Mais il faut le prendre avec le correctif de Santini : les ruptures et dissolutions ne valent que si elles produisent un bilan explicite ; sinon elles laissent des résidus qui empoisonnent la suite.

Lire

  • Camatte-Dangeville, Origine et fonction de la forme parti (1961) — via ilcovile.it ou libcom (angl.).
  • Bordiga, « Considérations sur l'organique activité du parti quand la situation générale est historiquement défavorable » (1965) — le testament organisationnel, sur marxists.org/francais/bordiga.
  • Dans le corpus : section 10 de Time is an Invention of Men Incapable of Love ; chapitre 11 de Apocalypse et survie — Francesco Santini pour la critique.
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