Bordiga-Cesarano-Camatte-LuddBordiguaAuteur — Amadeo Bordiga

Amadeo Bordiga (1889-1970)

Ingénieur napolitain, fondateur du Parti communiste d'Italie, puis — après vingt ans de retrait forcé — théoricien anonyme de la Gauche communiste d'après-guerre. C'est la racine de toute la constellation : Camatte est son élève direct, et Cesarano le reçoit via Invariance.

Repères

  • 1912-1921. Chef de la fraction abstentionniste intransigeante du PSI ; refuse l'électoralisme non par principe anarchiste mais parce que la démocratie est le mécanisme de dilution de la classe. Livourne, janvier 1921 : fondation du PCd'I, qu'il dirige jusqu'en 1924. Contrairement à la légende, il défend tôt un front unique par la base (syndical, pas politique) contre le fascisme.
  • 1923-1930. Arrestations, déportation à Ustica (avec Gramsci, dont il reste l'ami malgré le désaccord total). 1926 : au VIe exécutif élargi de l'IC, seul face à Staline, il défend que la révolution russe, faite là où l'État bourgeois n'était pas achevé, n'enseigne rien sur l'Occident. Expulsé du parti en 1930, accusé de trotskysme.
  • 1926-1944. Silence. Il travaille comme ingénieur à Naples. Ni ralliement, ni exil, ni résistance : les deux camps de la guerre sont pour lui deux camps du capital.
  • 1945-1970. La grande période théorique, dans l'anonymat strict du Parti communiste international (Il programma comunista). Analyse de l'URSS comme économie capitaliste en transition vers le capitalisme ; théorie des cycles de crise avec échéance catastrophique prédite vers 1975 ; textes « cosmiques » sur l'espèce, le sol, la mort ; commentaire des Manuscrits de 1844. Meurt en 1970, à la veille de la décennie qui allait le redécouvrir.

Les idées-forces

  1. L'invariance : la théorie communiste est fixée depuis 1848 ; les « enrichissements » sont des trahisons. Voir Concept — Invariance.
  2. Parti historique / parti formel : le programme traverse le temps, l'organisation n'est que son instrument périssable. Voir Concept — Parti historique et parti formel.
  3. Anti-démocratisme radical : « Le principe démocratique » (1922) — le nombre est une mystification, la vérité politique ne sort pas des urnes, y compris dans le parti.
  4. La révolution comme fait d'espèce : fondée sur les besoins et les déterminations matérielles, pas sur la conscience ; le marxisme est « la doctrine des contre-révolutions » — savoir tenir dans la défaite. D'où l'agir « comme si la révolution avait déjà eu lieu ».
  5. Le naturalisme : la nature connaît, la matière est orientée ; le capital est dévastation de la biosphère (« Espèce humaine et croûte terrestre », « Meurtre des morts »). C'est le Bordiga qui rend Camatte possible.
  6. L'anti-antifascisme : la victoire de 1945 comme défaite de la révolution. Grandeur (refus de l'union sacrée avec la bourgeoisie démocratique) et poison (voir la séquence 6 du 00.Cheminement : c'est la matrice du reductio ad revolutionem).

Lire

  • « Le principe démocratique » (1922), marxists.org/francais/bordiga — 15 pages, la matrice de la critique de la représentation.
  • Les textes des années 50 sur la même archive — le style tardif : prophétique, géologique, drôle. Le recueil Espèce humaine et croûte terrestre (Payot) rassemble le versant écologique.
  • Camatte, « Bordiga et la passion du communisme » (1972) — le portrait par l'élève, qui fait de Bordiga le penseur de la communauté contre le « bordiguisme » des épigones. Sur libcom (angl.) et via ilcovile.it.
  • Dans le corpus : sections 2-4 et 8-10 de Time is an Invention of Men Incapable of Love.

Vigilance

Deux pièges de lecture. Le premier : prendre le style prédictif pour de la science — les échéances (1975) ont eu tort, et la structure infalsifiable de la « certitude » est le talon de toute la lignée. Le second : lisser l'anti-antifascisme en simple radicalité — il faut le lire avec son issue réelle chez Camatte et La Vieille Taupe, pas comme une provocation inoffensive.

Built with LogoFlowershow